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Le Venezuela après Maduro : Pourquoi Donald Trump soutient-il Delcy Rodriguez ?

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Le 5 janvier 2026, la vice-présidente Delcy Rodriguez a assumé la présidence de la République bolivarienne du Venezuela suite à la capture et à l'extradition, trois jours plus tôt, du président Nicolas Maduro par les États-Unis.


Jusqu'alors, Donald Trump avait soutenu Maria Corina Machado, leader de l'opposition vénézuélienne. Cependant, après la capture de Maduro, le président américain a publiquement affiché son soutien à la présidente Rodríguez.


Comment expliquer ce soudain virage du président Trump ? 



Qui est Delcy Rodriguez?


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Delcy Eloína Rodríguez Gómez est une avocate et politicienne vénézuélienne. Elle fait partie du gouvernement chaviste depuis 2006.


Elle a été ministre du Bureau de la présidence du Venezuela sous Hugo Chávez. Sous Nicolás Maduro, elle a été ministre de la Communication et de l'Information ; des Affaires étrangères, de l'Économie et ministre des Hydrocarbures. 


Elle a également été nommée vice-présidente de la République en 2018 et occupera ce poste jusqu’à la capture de Nicolás Maduro le 3 janvier 2026.


Suite à cet événement et conformément à l'article 233 de la Constitution, Delcy Rodriguez est devenue présidente de la République bolivarienne du Venezuela.


Son père, Jorge Antonio Rodriguez, fut le fondateur de l'organisation marxiste vénézuélienne Ligue socialiste, créée en 1969. Son frère, Jorge Rodriguez, a également fait partie du gouvernement chaviste entre 2017 et 2020.


En effet, la vision et les idées politiques de Delcy et de son frère viennent de leur père. Jorge était un révolutionnaire de gauche. En 1976, il participe à la prise d’otage d’un homme d’affaires américain. Il sera capturé par la suite par un des anciens services de renseignement vénézuélien, la DISIP (active de 1969 à 2009) et torturé à mort. 


Pourquoi la Maison Blanche n'a-t-elle pas décidé de soutenir Maria Corina Machado pour succéder à Nicolas Maduro ?


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Maria Corina Machado

Il est important de comprendre que l'objectif des États-Unis n'est pas d'instaurer la démocratie au Venezuela. Leur objectif est bel à bien l’accès aux réserves de pétrole. Les Etats-Unis n’ont pas besoin d’une démocratie pour avoir accès au pétrole. Ils ont seulement besoin d’un moyen de pression. Ici leur moyen de pression est un otage : le président Maduro.


On rappellera également que sous Hugo Chávez, les États-Unis étaient le principal acheteur de pétrole vénézuélien. Sous Maduro, la compagnie américaine Chevron continuait d'opérer au Venezuela malgré les sanctions imposées par les États-Unis.


Avec la capture du président Maduro, les États-Unis peuvent faire pression sur Delcy Rodríguez et le gouvernement chaviste afin qu'ils mettent en œuvre toutes les réformes nécessaires pour avoir accès au pétrole. De l’autre côté, le gouvernement Rodriguez applique les directives de la Maison Blanche dans l'espoir de voir revenir Maduro. 


Les Etats-Unis possèdent un véritable moyen de pression et peuvent également menacer le gouvernement vénézuélien d'intervenir militairement et éradiquer le chavisme en cas de non-respect des directives. 


Pour que Maria Corina Machado puisse récupérer le pouvoir, puisque son parti serait en effet la véritable gagnant des dernières élections présidentielles, il faudrait rétablir la démocratie de force et annuler son mandat d’arrêt. 


C’est bien trop long et compliqué pour Donald Trump qui souhaite seulement tirer profits des plus grandes réserves de pétrole au monde. Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ? 


Il est bien plus facile pour la Maison Blanche de maintenir le gouvernement chaviste et de lui faire pression.


Encore une fois, les États-Unis ne cherchent pas à restaurer la démocratie. Par conséquent, les États-Unis n'ont aucun intérêt direct à soutenir Maria Corina Machado.


La présidente Delcy Rodríguez est-elle favorable à la démocratie ?


Depuis sa prise de fonction, Delcy Rodríguez a annoncé des réformes sur la loi des hydrocarbures et a également proposé une loi d'amnistie pour libérer des prisonniers politiques détenus sous Maduro. 


Ces décisions de la présidente peuvent nous faire penser que cette dernière est finalement peut-être prête à accepter une transition démocratique ? Ce n’est pas forcément le cas. 


Les réformes et lois annoncées sont en réalité une réponse aux pressions américaines. Toutes ces décisions sont entièrement réversibles et surtout, elles ne mettent nullement en péril la survie du chavisme. Le gouvernement Rodriguez espère voir le retour du président Maduro et est disposé à mettre en œuvre les réformes « recommandées » par les États-Unis pour apaiser les tensions entre les deux pays.


La mise en œuvre de ces lois et réformes permet aux chavistes de se maintenir au pouvoir et permet aux Etats-Unis d’avoir de nouveaux accès au pétrole vénézuelien. C’est gagnant-gagnant. En cas de problèmes, les États-Unis peuvent se servir du président Maduro pour exercer une pression sur les chavistes.


Delcy Rodriguez n'a jamais évoqué la possibilité d'une transition démocratique. De plus, la présidente a déclaré l’absence temporaire (“falta temporal” en espagnol) du président Maduro ce qui, comme je vais vous l’expliquer, montre que Rodriguez ne soutient pas la démocratie :


Luis Gómez Romero, professeur de droits de l'Homme, de droit constitutionnel et de jurisprudence de l'université de Wollongong (Australie) explique que l'article 233 de la Constitution de la République bolivarienne du Venezuela indique que le vice-président doit assumer le pouvoir en cas “d’absence absolue” du président. Trente jours consécutifs après la déclaration de cette absence, de nouvelles élections doivent être organisées :


Article 233. Seront considérées absence absolue du Président ou de la Présidente de la République : sa mort, sa démission ou son licenciement décrété par un arrêt de la Cour suprême de justice, leur incapacité physique ou mentale permanente certifiée par une institution médicale nommé par la Cour suprême de justice et approuvée par l'Assemblée nationale, l'abandon de fonctions, déclaré comme tel par l'Assemblée nationale, ainsi que la révocation populaire de son mandat.

(...)

Si l'absence absolue du président ou de la présidente de la République survient au cours des quatre premières années du mandat constitutionnel, une nouvelle élection universelle, directe et secrète sera organisée dans les trente jours consécutifs suivants. En attendant l'élection et l'entrée en fonction du nouveau président ou de la nouvelle présidente, la présidence de la République sera assurée par le vice-président exécutif ou la vice-présidente exécutive.

(...)


Cependant, le gouvernement chaviste a assuré sa survie en ne déclarant qu'une absence temporaire du président Nicolás Maduro, un principe mentionné à l'article 234 de la Constitution :


Article 234. Les absences temporaires du président de la République seront assurées par le vice-président exécutif ou vice-présidente exécutive jusqu'à quatre-vingt-dix jours, prorogeable par décision de l'Assemblée nationale pour quatre-vingt-dix jours supplémentaires.Si une absence temporaire dure plus de quatre-vingt-dix jours consécutifs, l'Assemblée nationale décidera à la majorité si elle doit être considérée comme une absence absolue.


La vice-présidente Delcy Rodríguez a déclaré l'absence temporaire du président Maduro, une décision valable 90 jours et renouvelable pour 90 jours supplémentaires. Au terme des 180 jours prévus par la loi, l'Assemblée nationale devra décider si cette absence demeure temporaire ou si le président doit être déclaré absent de façon permanente.


Devinette : Qui est le président de l'Assemblée nationale du Venezuela ?


Le suspens est à son comble...


jorge rodriguez venezuela



Il s'agit de Jorge Rodriguez, le frère de la présidente...






Il est donc fort probable que l'Assemblée nationale ne déclare pas l'absence absolue du président Maduro afin que le chavisme continue de survivre.


Il est extrêmement important de comprendre que le gouvernement chaviste dispose de divers dispositifs et mécanismes pour l'aider à se maintenir en vie en cas de crise :


Il y a un parti unique et aucune véritable opposition, un seul dirigeant qui concentre l'essentiel du pouvoir, la propagande, la censure, un discours anti-impérialiste puissant, une armée chaviste qui réprime toute forme d'opposition au régime… Tous ces mécanismes ont permis à Hugo Chavez et à Nicolas Maduro de faire perdurer le chavisme durant toutes ces années malgré les nombreux échecs du régime, les difficultés économiques ou les sanctions imposées par les États-Unis.


L'objectif principal de la présidente Rodriguez est de nouveau de maintenir le chavisme en vie. La capture du président Maduro par les États-Unis a permis au gouvernement d'instrumentaliser le discours chaviste anti-impérialiste pour conserver le soutien d'une partie de la population vénézuélienne. 


Attention : dans son essence même, ce que le gouvernement chaviste dénonce est légitime. Donald Trump a violé le droit international et a bafoué la souveraineté du Venezuela. Cependant, encore une fois et comme toujours, c’est bien plus compliqué que cela... Si l’on souhaite réellement parler de souveraineté au Venezuela, il serait probablement plus juste de dire que la souveraineté du peuple vénézuélien a été bafouée il y a déjà de nombreuses années avec la fin de la démocratie…Mais c’est un autre sujet.


Revenons-en à nos moutons → Delcy Rodriguez reste fidèle aux principes chavistes et n’a jusqu’à présent pas montré de véritables intentions de rétablir la démocratie au Vénézuela.  Elle ne soutient pas non plus Donald Trump et dénonce bien les actions des États-Unis, permettant de faire persister la narrative anti-impérialiste, et continue d'exiger la libération du président Nicolás Maduro et de son épouse, Cilia Flores.


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